Depuis plus de soixante ans, le cinéma français se transforme sous l’impulsion de cinéastes, acteurs et actrices issus de l’immigration maghrébine. Leurs œuvres ont introduit de nouveaux récits, de nouveaux visages et de nouvelles formes, redéfinissant les imaginaires du septième art. L’exposition Une histoire du cinéma français retrace cette histoire en mettant en lumière celles et ceux qui ont contribué à façonner et façonnent encore le cinéma français.
Des réalisateurs, du pionnier Ali Ghanem à Mehdi Charef, Rachid Bouchareb, Hafsia Herzi ou Lina Soualem, comme des acteurs tels que Jamel Debbouze, Rachida Brakni, Roschdy Zem ou Sami Bouajila, ont contribué à façonner une histoire culturelle singulière. Leurs parcours, entre la France et le Maghreb, ont participé à redéfinir, au fil des générations, les imaginaires du cinéma français. Leurs films, souvent pionniers, ont ouvert la voie à des récits inédits, mêlant expérience de l’exil, quête d’identité et renouveau des formes cinématographiques.
Plutôt que de s’attacher aux figures de l’immigration telles qu’elles ont été représentées à l’écran, Une histoire du cinéma français choisit de se placer du côté des artistes qui, depuis les années 1960, ont écrit de larges pans de l’histoire du cinéma français sans que cette histoire n’ait jamais été racontée. À travers des extraits de films, des affiches, des photographies de tournage, des story boards, des objets iconiques du cinéma comme des Césars ou encore des archives de presse, Une histoire du cinéma français propose une traversée concrète et sensible de cette histoire. L’exposition met en dialogue des œuvres largement reconnues et d’autres plus rarement montrées, parfois restaurées ou numérisées pour l’occasion.
L’exposition s’achève sur une séquence tournée vers l’avenir : l’irruption du cinéma de genre, l’importance des femmes, la liberté formelle, l’audace des récits et l’émergence de nouvelles voix circulant entre les deux rives. Présentée au Musée national de l’histoire de l’immigration et inscrite dans le cadre de la Saison Méditerranée, l’exposition prend place dans un lieu où les questions de mémoire et de récit sont au cœur du projet. Le cinéma y apparaît comme un espace privilégié pour saisir les circulations entre la France et le Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) et pour comprendre comment ces trajectoires individuelles participent d’une histoire culturelle partagée.
Parmi ces artistes, Mehdi Charef a occupé une place toute particulière. Écrivain et cinéaste majeur, auteur du Thé au harem d’Archi Ahmed et de son adaptation au cinéma, il a contribué avec générosité à la réflexion autour du projet et en suivait attentivement la préparation. L’exposition lui est dédiée.
- L’exposition est également présentée à l’occasion des vingt ans du film Indigènes (2006) de Rachid Bouchareb. Véritable événement lors de sa sortie, récompensé par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes pour l’ensemble de ses acteurs principaux et nommé à l’Oscar du meilleur film international, ce film a contribué à faire évoluer le regard porté sur les soldats coloniaux de la Seconde Guerre mondiale et occupe une place majeure dans l’histoire du cinéma français contemporain.